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Veille presse de la semaine du 07.03.2016

Vers une Uberisation de l’intelligence?

Jean Botti, CTO d’Airbus Group nous a confié en souriant qu’il rêvait d’«une application smartphone qui produise la synthèse et l’analyse de tout ce que savent les meilleurs experts d’un domaine ; la somme de toutes les connaissances dans un cerveau». A l’instar de Uber ou de Airbnb, qui rendent disponibles en réseau puis valorisent des actifs matériels sous-utilisés, peut-on imaginer valoriser un actif immatériel tel que le savoir, l’expertise ou encore le savoir-faire? Sommes-nous à l’aube d’une Uberisation de l’intelligence ?

Nous avons interviewé plusieurs dizaines de patrons de l’innovation, de la R&D, de la stratégie, du marketing de grands groupes pour notre dernier livre « Innovation Intelligence ». Le verdict est sans équivoque : l’innovation passe par la mise en relation cognitive d’une multitude de domaines de connaissance très distants, et cela de plus en plus vite. A l’ère du numérique, l’accès au meilleur état du savoir et aux meilleurs talents n’a jamais été si aisé. La difficulté est dans la profusion et la nécessité d’analyse et d’interprétation. Chercher toujours plus vite la fameuse aiguille dans des bottes de foin toujours plus grandes, nombreuses et compactes. L’intelligence est critique. Alain Dufossé, patron de l’innovation de Pernod Ricard, nous l’a rappelé : «Garbage in – Gabage out!» Les meilleurs processus de créativité et de gestion de l’innovation ne donneront rien de bon si la matière première, l’intelligence, n’est pas de bonne qualité.

Nous utilisons le terme «intelligence» selon son acceptation anglo-saxonne : l’ensemble des activités qui rassemblent, analysent et recoupent un large spectre d’informations d’une multitude de sources pour en tirer des (r)enseignements en vue d’une décision stratégique ou d’une action opérationnelle.

L’intelligence constitue le fuel de l’innovation. Elle a toujours été une activité essentielle de l’entreprise, mais elle s’exerce aujourd’hui dans un contexte de plus en plus complexe, pour trois raisons :

1- Une inflation et une fragmentation des connaissances : les connaissances nouvelles sont générées à un rythme qui va croissant (il y a, par exemple, cinq millions de publications scientifiques par an). Par ailleurs, ce nouveau savoir est créé dans une multitude d’entités dont la taille moyenne décroît. Ainsi, il est aujourd’hui plus rapide de puiser dans les connaissances qui ont déjà été créées par d’autres que de les fabriquer – c’est l’ère de l’open innovation.

2- Un développement des «commodités» : comme l’analyse le Japonais Noriaki Kano, toute fonctionnalité innovante qui plaît aux clients finit inévitablement par devenir une commodité. Pour entretenir la satisfaction de ses clients, chaque entreprise tente d’ajouter des fonctions complémentaires à ses produits. Les produits deviennent plus complexes et convergent même vers des packages complets orientés service : Michelin ou Rolls Royce ne vendent plus des pneus et des réacteurs, mais des kilomètres roulés et des miles aériens.

3- Une digitalisation croissante : Les « Barbares du web » (les acteurs du numérique, tels que Google, Apple, Facebook et Amazon, sont parfois surnommés les «Barbares du Numérique» ou les «Barbares du Web» par analogie aux peuples migrateurs qui, pendant plusieurs siècles, ont cherché les ressources et les terres dont ils ne disposaient plus dans leurs régions d’origine) analysent chaque secteur industriel, regardent où se trouvent les marges et les sources d’inefficacité dans la chaîne de valeur. Grâce au numérique, ils mettent de l’ordre dans celle-ci, ils s’insèrent dans la relation client et capturent les marges potentielles. Ces nouveaux acteurs, extrêmement rapides, prennent souvent de vitesse les acteurs traditionnels.

L’innovation est aujourd’hui essentiellement une activité qui consiste à examiner la multitude de briques de savoir qui sont disponibles de par le monde, à les analyser, à en choisir quelques unes et à les combiner pour répondre avec élégance et efficacité aux besoins des clients. L’acte d’innovation, dans sa part la plus créative, relève plus de l’art que de la technologie.

Une simple veille technologique ne suffit plus

Les aficionados du design thinking estiment que l’innovation repose sur trois piliers : usages, business model et technologies. Il faut donc mettre en place un système d’intelligence d’un nouveau type. Les études de marché et la veille technologique traditionnelles n’y suffisent plus : il s’agit en permanence de collecter, mais surtout de faire la synthèse et l’analyse des informations en temps réel en intégrant ces trois piliers.

Cette activité d’intelligence au service de l’innovation est en cours de structuration dans certains grands groupes. Les challenges sont nombreux, liés à la nécessité d’intégrer de très grands volumes d’informations de nature très variées, liés aussi à la temporalité : il est critique d’avoir une «intelligence temps-réel», tournée vers le futur (alors qu’une simple veille technologique s’appuie de facto sur de l’information (dé)passée). Enfin, des challenges liés aux nombreux outils numériques qui émergent actuellement pour faciliter l’accès instantané aux meilleurs talents et aux connaissances les plus pertinentes.

Ces outils venus du numériques vont, de façon certaine, faciliter cette activité d’«innovation intelligence». Nous avons analysé la situation à ce jour. Elle progresse rapidement, par essai et erreur. Nous en proposons une classification simplifiée :

1- Les plates-formes d’open innovation/de crowdsourcing : des entreprises telles que NineSigma aux Etats-Unis, Ideaken en Inde ou Presans en France … Leur ambition est de mobiliser des talents ou des experts difficiles à identifier et à atteindre – car on ne connaît pas le profil idéal a priori – pour remplir une tâche dans le domaine de l’innovation.

2- Les plates-formes d’experts : des entreprises telles que GLG, Clarity ou Maven. La promesse est de mobiliser des experts «évidents» – on sait décrire leur profil a priori – pour des missions de micro-conseil.

3- Les réseaux sociaux professionnels : des entreprises telles que LinkedIn, XING ou Viadeo. L’objectif, au départ, est le réseautage et la gestion de talents. Il est très probable que ces acteurs débarquent sur le terrain des plates-formes d’experts prochainement.

4- Les archives numériques et le data mining : des sociétés telles que Expernova, Intellixir, Thomson Reuters et Questel pour le data mining, et des entreprises telles que MyScienceWork ou Mendeley pour les archives numériques. Ces acteurs collectent, croisent et analysent afin de transformer de grands volumes de données non structurées en information, voire en intelligence.

Ainsi, en parallèle des nouvelles méthodes et processus que certains grands groupes mettent en place pour l’«innovation intelligence», de nombreux acteurs du numérique développent des outils qui permettent, facilitent ou optimisent ces processus. On observe même simultanément une convergence entre ces outils (par exemple, les réseaux sociaux professionnels et les plates-formes de micro-consulting : Viadeo a d’ailleurs annoncé le lancement, en septembre 2015, de son nouveau service Viadeo Freelance) et une consolidation de l’offre (rachat ou fusion de nombreuses sociétés du domaine).

Le Uber des connaissances ou le Airbnb des talents n’existe pas encore… mais c’est une question de temps.

Le leadership n’attend pas le nombre des années

Certains sont des leaders nés : dans les cours d’école, sur les pelouses des stades, on les désigne chefs de bande ou capitaine d’équipe — même un premier de la classe illustre une forme de leadership par l’admiration, parfois teintée de rejet, qu’il suscite. On peut aussi le devenir, même en début de carrière, voici comment.

« On peut être jeune, débutant et développer son leadership, d'abord en autoévaluant son niveau de leadership puis, son envie d'être un leader », explique Vincent Giolito, consultant en leadership et stratégie, et chercheur à la Solvay Brussels School of Economics & Management. Cela tombe bien, pur produit de la Gen Y que vous êtes, vous voulez évoluer à peine entré dans l'entreprise. Si le contexte s'y prête, développer des capacités de leader pour y aidera  — vous incarnerez ainsi une forme de leadership émergente, à savoir non attaché à un titre, un statut, un pouvoir.

Nous parlons bien de leadership, c'est-à-dire de la capacité à influencer et faire avancer les autres vers un objectif commun par ses attitudes et ses décisions, sans le confondre avec  le management qui utilise des outils formels (une carotte, un bâton ; un bonus, une sanction) pour influencer, ou avec le pouvoir, qui permet de faire faire aux autres ce qu'ils n'ont pas envie de faire — une des ses formes du moins.

« Il est donné à tout le monde d'avoir une forme de leadership »

Ainsi, capable d'apporter une réponse technique à un problème donné, vous débloquez une situation ; votre leadership prend sa source dans l'expertise. Ou bien vous êtes ce troisième larron qui intervient dans un duel et met d'accord les adversaires : votre leadership s'appuie sur vos qualités relationnelles.

« Il est donné à tout le monde d'avoir une de ces formes de leadership et il est possible de les cumuler », précise notre interlocuteur.

Rien de tel que la prise de recul et la réflexion pour voir dans quel domaine vous avez de l'influence, avec qui, pourquoi et comment ; le quotidien envoie des signes qu'il s'agit d'analyser. Les différents feedbacks sur votre travail sont d'autres moyens de le savoir : « un jeune diplômé dans une entreprise très normée va par exemple recevoir une appréciation positive de son travail à la sortie d'une réunion ou d'une présentation », illustre-t-il.

Un signe qu'on a envie de leadership : le sentiment de frustration quand on est freiné

Certaines personnes préfèrent ne pas avoir d'influence et agir selon les directives données par leur hiérarchie. Mais si vous êtes de celles et ceux qui grincent quand on leur demande d'exécuter un point c'est tout, il y a peut-être un leader en vous qui cherche à s'exprimer.

« Le sentiment de frustration quand on est freiné, avec l'ambivalence qui souvent l'accompagne, doit être analysé », poursuit Vincent Giolito.

Ménagez-vous des moments d'introspection, demandez des retours sur votre travail et affinez en vous demandant quel degré, quel style de leadership vous voulez avoir et dans quel but. Il faut élaborer un projet autour de cette envie, tenir un journal où l'on résume sa semaine peut y aider. De même que les outils de coaching, les stages et livres de développement personnel, les formations dites en « management », qui en fait poussent à développer son leadership.

« La connaissance de soi (self-awareness) est fondamentale car elle est la clef de la connaissance des autres », souligne-t-il.

Le contexte dans lequel vous évoluez joue. Le leadership est prisé dans l'entreprise collaborative, ou libérée, car « il faut des gens qui prennent en main des sujets pour les faire avancer et on a plus envie de travailler avec un project leader qu'avec un.e petit.e chef.fe » mais mal accueilli dans les environnements bureaucratique et autocratiques.

« On peut aussi développer son leadership en apprenant à se taire »

« Je n'ai pas de légitimité donc je me tais » : en tant que débutant, vous pouvez douter du bien-fondé de votre positionnement, privilégier le retrait à l'exposition et à la prise de parole qui engage. L'absence de légitimité est, pour notre interlocuteur, « l'excuse de ceux qui ouvrent volontiers leur parapluie, le prétexte à ne pas prendre une position de leader ; qui plus est, on peut aussi développer son leadership en apprenant à se taire, pour écouter les autres, ce qui est fondamental », pointe Vincent Giolito.

Celui qui se connaît mal, et n'a donc aucune idée de ses sources de leadership et de ses motivations, risque de se retrouver éjecté du système. Celui qui en a une bonne idée a des clefs pour y évoluer. Ou pour en sortir, mais c'est une autre histoire.

Le numérique dès la maternelle, une solution contre l'échec scolaire?

Pour remédier à l'échec scolaire, le think tank libéral propose de s’appuyer sur le numérique, en particulier sur les tablettes. Un investissement qui devrait, selon lui, permettre de réduire la facture sociale des décrochages scolaires. 

On pourrait croire qu’il s’agit du énième rapport sur l’échec scolaire, un de ces tristes refrains qu’on entonne pour se plaindre que tout va mal à l’école. Sauf que cette fois-ci c’est un rapport sur la réussite scolaire. Simple changement de mot? Pas tout-à fait, l’institut Montaigne, un think tank de tendance libérale présidé par Henri de Castries, a en effet voulu examiner les initiatives en France et ailleurs qui avaient un impact positif sur les apprentissages et publie ce lundi un rapport "Education et numérique" qui propose des solutions pour réussir dès l’école primaire.

Sans surprise, tout part d’un constat à la fois désespérant et banal: 200.000 jeunes français sortent du système éducatif sans maîtriser les savoirs fondamentaux. Ce sont ces jeunes qui auront du mal à trouver un emploi et qui poseront un problème d’insertion. "La situation de l’échec scolaire commence tôt, explique Nicolas Harlé, directeur associé du Boston Consulting Group et co-auteur du rapport, dès le primaire, voire la maternelle. Il faut donc mettre des solutions en place le plus tôt  possible". Il y a urgence car la dégringolade de la France dans les classements PISA s’accélère: elle est passée en quelques années de la 12ème à la 25ème place, quasiment la lanterne rouge des pays de l’OCDE.

Le coût d'un décrochage: 235.000 euros

"Il faut 35 heures pour maîtriser les apprentissages de la lecture, s’insurge Henri de Castries, PDG d’Axa et président de l’institut Montaigne, le système français n’en donne qu’une vingtaine. Ce déficit peut être compensé quand un enfant est plus rapide que les autres, ou par l’environnement familial ou social, mais sinon, il n’est pas compensé. La République manque à une de ses promesses, celle de l’égalité des chances". Pour remédier à cette situation l’institut Montaigne propose de s’appuyer sur le numérique, en particulier sur les tablettes. "Il ne s’agit surtout pas de distribuer aveuglement des milliers de tablettes, précise Henri de Castries, mais d’accompagner une prise de conscience des collectivités locales et des écoles".

Sur le plan économique, le calcul est vite fait: "quand on investit 1 euro sur un enfant, estime Nicolas Harlé, on évite 8 euro de dépenses dans le social". "Les coûts associés au décrochage d’un jeune en France, cumulés tout au long de sa vie, sont estimés à 230.000 euros, note le rapport, pour l’Etat c’est près de 30 milliards d’euros de dette contractée chaque année".

Reste à trouver la solution. "La stimulation cognitive de la petite enfance, entre 0 et 5 ans, poursuit le rapport, se révèle plus efficace et moins coûteuse que la plupart des programmes consacrés aux enfants plus âgés". Il faut donc intervenir le plus tôt possible et le rapport affirme sans ambiguïté que le numérique doit être utilisé dès la maternelle, CP et CE1 jusqu’en CM2,  sans remplacer l’enseignant.

L’institut Montaigne fait des recommandations pour les élus locaux qui détiennent les cordons de la Bourse. "Nous avons chiffré plusieurs niveaux d’investissement, précise Nicolas Harlé. Dans le scénario minimal, c’est 40 euro par élève, sachant qu’un élève du primaire coûte 5.500 euros, c’est donc moins de 0,8% de la dépense actuelle". Et avec un redéploiement des dépenses, cela peut même se faire à coût constant. Par ailleurs, il préconise la création d’un institut d’évaluation qui donnera un label aux méthodes qui marchent.

Bruno Suchaut, directeur de recherche pour le pilotage des systèmes pédagogiques de l’université de Lausanne, confirme que les tablettes peuvent maximiser le temps d’enseignement, notamment pour l’apprentissage de l’alphabet et pour les mathématiques. « Nous avons des éléments qui permettent de dire que c’est pertinent, affirme le chercheur mais il y a des conditions. Il ne suffit pas d’avoir une tablette, il faut au préalable avoir formé les enseignants et disposer d’exercices appropriés. » La tablette permet aussi une évaluation des résultats des enfants en temps réel et elle conserve les traces de ce que font les élèves ce qui permet une évaluation plus fine. Mais le chercheur insiste sur le fait que la tablette n’est pas une panacée ou une baguette magique.

Selon l’institut Montaigne, les échos du ministère de l’Education Nationale sont très positifs. "Ce que nous proposons n’est pas hors de portée en termes de moyen ou d’accessibilité technologique, insiste Henri de Castries, ça peut même se faire à moyens constants à l’intérieur de l’existant". En tout cas, pour l’assureur, une chose est claire: s’il faut dépenser 40 euros pour en économiser 230.000, il n’y a pas d’hésitation à avoir !

Le business des rançongiciels cible Apple, faut-il en avoir peur?

Les virus qui empêchent d'accéder à ses propres données se multiplient. Les Mac, réputés sécurisés, viennent à leur tour d'en être victime. Questions à Tanguy de Coatpont, directeur général de Kaspersky Lab France.

Un rançongiciel a pénétré le système d’exploitation d’Apple et a empêché les utilisateurs d’accéder leurs données. Est-ce vraiment la première fois?

Les rançongiciels existent depuis longtemps. Ils touchent surtout les PC et maintenant les téléphones mobiles sous Android. Pour Apple, il y a eu un virus baptisé File Coder en 2014, mais il n’était pas tout à fait fonctionnel. KeRanger, qui vient d’être découvert aux Etats-Unis est le premier rançongiciel connu qui fonctionne sur des Mac.

Que fait ce virus?

Comme tous les virus de ce type, il chiffre le dossier « documents». Il est ensuite impossible d’accéder aux fichiers, qu’il s’agisse des textes, des photos, des documents... Sans la clé, impossible d’ouvrir le moindre document. Pour avoir la clé, il faut payer. Les montants demandés sont assez faibles, de l’ordre de 50 ou 100 euros pour un particulier, davantage pour une entreprise. Les gens préfèrent souvent payer pour récupérer leurs données au plus vite.

Quel est le but de ces pirates?

Il est strictement financier. Le rançongiciel est un business qui génère beaucoup d’argent. Les pirates se font payer le plus souvent en bitcoin, parce que c’est une monnaie qui n’est pas traçable.

Que faut-il faire si on est victime?

La première chose à faire est de déconnecter l’ordinateur infecté du réseau pour éviter la contamination d’autres ordinateurs. Ensuite il ne faut surtout pas éteindre l’ordinateur car il arrive souvent que la clé de déchiffrement se trouve dans la mémoire vive. Il est alors parfois possible de la récupérer. Il faut bien sûr faire une déclaration au commissariat ou à la gendarmerie si on est un particulier, à l’Anssi (Agence nationale des systèmes de sécurité de l’information) si on est une entreprise. Cette agence dispose d’outils qui peuvent aider.

Y a-t-il un moyen de ne pas céder au chantage?

Nous avons publié un outil qui permet de trouver des clés de déchiffrement. Cet outil est efficace dans certains cas. Mais il arrive qu’il n’y ait pas de moyens techniques de récupérer les données, auquel cas il faut payer.

Vous disiez que les sommes ne sont pas très importantes pour les particuliers. Qu’en est-il pour les entreprises?

Le Centre médical presbytérien d’Hollywood, un hôpital de Los Angeles, a versé 17.000 dollars en bitcoins pour récupérer une clé de déchiffrement. Les pirates sont des hommes d’affaires en bandes organisées. Ils lancent des campagnes non ciblées très larges. Quand ils découvrent que la victime est un hôpital ils calculent un prix. S’ils avaient demandé un million de dollars, l’hôpital n’aurait probablement pas pu payer. Chaque fois qu’ils piègent une entreprise, ils évaluent un montant plausible. C’est avant tout du business.

Que faut-il faire pour se protéger?

C’est le facteur humain qui est le plus important. La plupart des attaques passent par un mail piégé. Il faut donc se méfier quand on reçoit un mail d’une source inconnue avec une pièce jointe. Il y a eu un rançongiciel en France qui s’est répandu en prenant l’apparence d’une facture Free. Des clients de l’opérateur pouvaient penser qu’il s’agissait d’un courriel authentique... Il était pourtant possible de se rendre compte à certains détails de la supercherie. Le rançongiciel peut aussi être sur un site web piégé. On envoie un lien par mail. Lorsque l’internaute visite le site, le virus s’installe sur l’ordinateur. Il arrive aussi que le logiciel malveillant se présente sous la forme d’une notification de fax ou de scanner. La vigilance est donc la première défense. Ensuite il est nécessaire d’installer une suite de sécurité avec un contrôle d’application, de cette façon, si une application qui n’est connue du système se lance, elle est bloquée.

D’où viennent ces bandes organisées?

On ne sait pas vraiment. Mais elles disposent de complices en France quand elles lancent une campagne en France. Au début du mois, nous avons alerté les internautes français et allemands qui sont très exposés au rançongiciel « Locky ». Il existe une soixantaine de variantes de ce virus qui sévit aussi en Autriche, en Italie, aux Etats-Unis, en Chine et en Inde.

Comment l'économie sociale et solidaire doit profiter du numérique

La dynamique créée autour des plateformes numériques de l'économie collaborative incite les acteurs de l'économie sociale et solidaire à s'intégrer dans cette tendance, sans pour autant renier leurs valeurs.

De nombreuses plateformes numériques proposent d'améliorer le service client et mettent en avant des notions d'intérêt général pour définir leur activité. Mais bon nombre de ces plateformes, dont on dit qu'elles font partie de l'économie collaborative - les plus connues sont Airbnb, Uber, Le Bon Coin, BlaBlacar etc. -, ne s'appliquent pas les principes qui les érigeraient en alternative crédible à l'économie marchande capitaliste.

En effet, si incontestablement elles portent des innovations, ces plateformes, qui ont parfaitement compris l'apport de l'outil numérique pour améliorer le service client, ne modifient pas les modes de répartition des richesses créées au niveau de l'entreprise. Sur le fond, « l'Economie collaborative ne change pas la donne actuelle », constate Patrick Lenancker, président de la confédération générale des Société coopératives et participatives (Scop).

Nouvelle forme de capitalisme financier

Les plateformes numériques constitueraient même une nouvelle forme de capitalisme financier. Or, « si l'économie du futur est une économie où, certes les gens collaborent entre eux, mais où la concentration des moyens financiers et des décisions se fait entre quelques-uns, alors cela ne change rien aux règles de l'économie actuelle. Et c'est inquiétant », note Patrick Lenancker. Car au regard des causes de la crise financière de 2008, « on ne peut plus collectivement prospérer dans une économie de marché uniquement basée sur la rémunération du capital, et l'investissement rentable », ajoute-t-il.

A l'inverse, les Scop font partie d'un secteur, celui de l'économie sociale et solidaire (ESS) dont les entreprises, d'une part, recherchent une finalité sociale, éducative ou environnementale dans leur activité ; et d'autre part s'imposent théoriquement des principes de gouvernance démocratique, de réinvestissement des bénéfices dans l'entreprise, de lucrativité limitée, et d'écarts de salaires faibles. Ainsi l'économie sociale se positionne dans un cadre économique différent de celui de l'économie collaborative.

L'ESS, une alternative ?

Pourtant rien n'empêche l'ESS, qui revendique 10 % du PIB français, de se proposer en alternative au développement des plateformes numériques - comme elle l'a fait par le passé avec l'économie capitaliste classique. Au contraire l'ESS ne peut rester immobile face aux dérives des plateformes de l'économie collaborative.

D'autant que le développement de ces plateformes induit « un phénomène de fragilisation des personnes qui travaillent pour ces entreprises, et dont le statut ne donne pas forcément droit à une protection sociale adéquate », note Patrick Lenancker. Or, « on ne peut pas ignorer les salariés. L'humain n'est pas une donnée passéiste, mais moderne ! La valeur travail, via le projet collectif et la finalité sociale de l'activité de l'entreprise, revêt toujours une importance essentielle en terme d'épanouissement pour les salariés », ajoute-t-il.

Une économie inclusive

Désormais « on a besoin que l'économie soit davantage inclusive qu'exclusive. Le problème de notre société est qu'elle repose sur le modèle unique d'une économie où se concentrent les richesses par sa financiarisation », regrette-t-il.

Aussi tout ce qui permet d'alimenter la diversité des modèles est bon à prendre. L'ESS compte donc s'atteler à intégrer les mutations de la société. Ce qu'elle a déjà fait par le passé en développant par exemple des services à domicile peu chers, qui ont constitué une réponse à l'évolution démographique de la société afin que les personnes âgées puissent vieillir plus longtemps chez elles.

Plus récemment, des initiatives d'entreprises de l'ESS utilisant l'outil numérique en matière d'éducation populaire, de citoyenneté sur les territoires, de consommation douce, de monnaies locales ou de transparence de l'information ont même montré leur efficacité. Un mariage entre l'ESS et le numérique est donc possible.

Répondre aux besoins

« Une fois réapproprié, le numérique est pour ces mêmes acteurs une formidable occasion d'inventer de nouvelles pratiques transformatrices et de nouer les partenariats publics-citoyens de demain. Il importe alors que les acteurs de l'ESS s'en emparent pour ce qui existe au confluent entre les valeurs portées par l'ESS et les services techniques et comportementaux qui accompagnent le numérique », expliquait il y a un peu moins de deux ans dans une tribune toujours d'actualité Valérie Peugeot, alors vice-présidente du Conseil national du numérique.

Le virage vers l'économie du numérique étant déjà profondément en marche, l'enjeu pour les structures de l'ESS est donc de comprendre les besoins des consommateurs et des producteurs, comme l'ont fait - et le font encore -  les entrepreneurs de l'économie collaborative.

Certes « la force du marché est de répondre aux besoins rapidement. Et il est vrai que ce n'est pas notre sport favori dans l'ESS car nous n'avons pas le même appât du gain », concède Patrick Lenancker. Cependant, il ajoute, optimiste, que « par la participation citoyenne, grâce à des modèles associatifs, mutualistes ou coopératifs, nous pourrons répondre aux besoins de tous  ».

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